Dans ma boutique d’opticien à Tours, je ne distribue pas les verres Essilor, par choix d’offre. Cela ne m’empêche pas d’en connaître l’histoire, car impossible de parler d’optique française sans s’arrêter sur cette marque qui équipe aujourd’hui une grande partie des porteurs. Près de deux siècles séparent l’atelier parisien de 1849 de la méga-fusion Essilor-Luxottica de 2018. Je vous la raconte avec l’oeil d’une opticienne française qui est arrivée dans la vie professionnelle fin des années 90.
Des origines parisiennes à la naissance du groupe Essilor
En 1849, treize ouvriers parisiens fondent l’Association Fraternelle des Ouvriers Lunetiers, rapidement rebaptisée Société des Lunetiers. La maison acquiert sa propre production verrière avec l’usine des Battants en 1867, compte 1200 salariés au début du XXe siècle, et s’impose comme la référence française des verres correcteurs.
En 1931, les frères Lissac lancent leur activité, qui donnera plus tard Silor. La Société des Lunetiers est rebaptisée Essel en 1962. Les deux concurrents finissent par se rapprocher : Essel et Silor fusionnent le 1er janvier 1972 pour donner naissance à Essilor. Deux ans après, le groupe crée la filiale BBGR, bien connue des opticiens indépendants pour ses verres fabriqués en France.
Varilux, le brevet français qui a remplacé le bifocal
C’est, selon moi, l’innovation majeure et la vraie fierté de la marque. En 1959, l’ingénieur Bernard Maitenaz, alors chez Essel, dépose le brevet du premier verre progressif au monde, baptisé Varilux. Jusque-là, les presbytes corrigeaient leur vision de près avec des verres bifocaux barrés d’une ligne de démarcation très visible. Varilux supprime cette ligne et propose une variation continue de la puissance, de la vision de loin à la vision de près.
Ce verre progressif reste, plus de soixante ans plus tard, la technique de référence pour la presbytie. Le brevet est français, la conception aussi, et une partie de la fabrication l’est encore aujourd’hui. La même année 1959, Silor lance l’Orma 1000, un verre organique plus léger que le verre minéral, qui rejoindra le portefeuille d’Essilor après la fusion.
Après 2000, le volume plus que la rupture
La lecture commerciale et la lecture technique commencent à se décaler au début des années 2000. En 2001, BBGR, filiale d’Essilor, sort Evolis, un verre progressif récompensé par un Silmo d’Or et longtemps considéré par la profession comme le meilleur progressif produit au sein du groupe pour cette génération là. Dans la même période, Essilor lance sous sa propre marque un verre baptisé Panamic, qui ne rencontre pas son public.
Les années suivantes, Essilor s’impose très largement comme leader mondial en volume, mais les ruptures techniques les plus saluées viennent d’ailleurs. Le verre à freination de la myopie, destiné à ralentir la progression chez l’enfant, a été porté par le japonais Hoya. Le verre biométrique, adapté aux mesures réelles de chaque oeil, a été introduit par l’allemand Rodenstock. Essilor fait évoluer ses gammes, mais ce ne sont plus ses produits qui bougent les lignes techniques du secteur.
EssilorLuxottica, une fusion de 2 très gros acteurs de l’optique industrielle
Le 1er octobre 2018, la fusion entre Essilor et l’italien Luxottica est finalisée. La gouvernance est largement passée côté italien : Leonardo Del Vecchio, fondateur de Luxottica, est nommé président du nouvel ensemble et plusieurs postes clés reviennent à son équipe. En soixante ans, le groupe est ainsi passé d’un verre de pointe vendu par des opticiens passionnés en 1959 à une logique beaucoup plus grand public, faite de volumes, de marques sous licence et de réseaux internationaux.
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Questions fréquentes sur Essilor
Qui a inventé le verre progressif ?
Bernard Maitenaz, ingénieur chez Essel en France, en 1959. Le brevet est déposé sous la marque Varilux. Essel devient Essilor après la fusion avec Silor en 1972.
Essilor est-il encore une marque française ?
EssilorLuxottica a son siège à Paris et conserve un ancrage industriel fort en France. La gouvernance est cependant partagée avec l’Italie depuis 2018, et plusieurs décisions stratégiques émanent de l’ancienne équipe de Luxottica.
Qui est à l’origine du verre biométrique ?
Le verre biométrique a été introduit par l’allemand Rodenstock, pas par Essilor. Sur le même registre, le verre à freination de la myopie chez l’enfant a été porté par le japonais Hoya. Ce sont deux innovations récentes majeures que la profession attribue à des concurrents directs d’Essilor.

